Limoges : Retour sur la table ronde "Comment relier la lutte contre le changement climatique aux impératifs de solidarité"

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Dimanche 22 novembre 2015 - Une Table ronde s’est tenue pour faire le lien entre les enjeux climatiques à ceux de la lutte contre la pauvreté
Chapiteau de la solidarité internationale - Place de la Motte - Limoges

Dimanche 22 novembre, une importante table ronde s’est déroulée dans le cadre du chapiteau de la solidarité internationale - place de la Motte à Limoges - avec des intervenants venus du Burkina Faso, d’Equateur et du Sénégal. A quelques jours de la conférence sur le Climat de Paris (COP21), elle avait pour thème « Comment lier la lutte contre le changement climatique avec les impératifs de solidarité et de défense des droits ».

Les prochaines mobilisations citoyennes qui doivent se dérouler autour de la COP21 ont été rappelées avec notamment la grande marche pour le climat qui devait se tenir à Limoges le samedi 28 novembre avant que son interdiction soit signifiée par la préfecture de la Haute Vienne ce mardi 24 novembre auprès des organisateurs.

Un premier tour de table a permis de faire le point sur les conséquences du réchauffement climatique

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Famara Karfa Diallo

Famara Karfa Diallo en tournée en France dans le cadre du Festival de films Alimenterre est intervenu pour présenter le contexte de l’agriculture au Sénégal : Dans ce pays qui compte 700 km de côtes avec les plus grandes situées sur le long du littoral, il a abordé la problématique de la montée des eaux. Ainsi le réchauffement climatique se retrouve par la salinisation des eaux de l’océan qui remontent de plus en plus loin à l’intérieur des terres. Les populations sont fortement impactées dans ces zones là. L’agriculture au Sénégal représente 10 % de l ’activité économique et la pluviométrie détermine la survie de l’essentiel de ces 40 % de la population. La production vivrière est essentiel sur ce plan. Cependant,La monoculture de l’arachide a fini par accaparer une grande partie des t erres, Malgré cela, les paysans ont la chance de pouvoir garder encore la maîtrise des semences vivrières paysannes.

Henry Léonardo Salasar Barona (Indien kichwas d’Equateur et Président de la Fondation Aide et Développement de Quisapincha) a commencé son intervention pour présenter son pays qui comporte quatre grandes régions telles que la cote, les Andes, l’Amazonie et les iles Galapagos. Il y a aussi 18 ethnies indigènes qui vivent avec leur propre culture, leur propre langue et leur propre science ancestrale. Dans sa région (les Andes) et près de sa ville Ambato, il y a notamment un volcan actif qui s’appelle « Tungurahua ». C’est aussi le nom d’un crapaud noir de 5 cm de longueur et qui sortait au moment des pluies en chargeant sur son dos ses petits. Dans sa communauté, les indiens de la même façon portent les enfants dans le dos. Hélas cet animal a disparu depuis 20 ans en raison du changement du régime des pluies. Le gouvernement n’a rien fait pour empêcher cela même s’il se mobilise pour la sauvegarde du condor (un oiseau de grande envergure constituant un des symboles nationaux) lui aussi menacé.

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Hamado Simporé

Hamado Simporé qui est le Président de la coordination des associations et mouvements de jeunesse de l’Oubritenga au Burkina Faso est intervenu pour dire à quel point le réchauffement climatique constitue une menace dans son pays. Les conséquences du changement climatique sont très perceptibles. D’année en année, le désert avance du nord vers le centre du pays provoquant de plus en plus le déplacement des populations en direction du sud et de l’Ouest du pays où la situation est plus favorable à l’agriculture, d’où une pression migratoire de plus en plus importante. La majorité des éleveurs sont sont des nomades et donc cherchent d’autres terres plus favorables ce qui ne va sans créer des tensions. Aujourd’hui la culture du coton représente un poids économique très important mais il y des conséquences négatives comme l’accaparement des terres ou l’utilisation des OGM

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Michel Galliot

Michel Galliot en tant qu’expert auprès de l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (ONERC) a présenté jusqu’où les conséquences du réchauffement climatique seront dévastatrices, qu’elles toucheront surtout les plus fragiles et les plus pauvres aussi bien dans les pays en voie de développement (Bangladesh, Sahel) que dans les pays développés comme on a pu le voir avec l’Ouragan qui a frappé la Nouvelle Orléans aux Etats Unis. Cela veut dire que la solidarité doit donc s’imposer : La première façon est de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Les pays développés émettent le plus les gaz à effet de serre et leur responsabilité est donc la plus grande. La deuxième solidarité est de faciliter l’adaptation au changement climatique car il est déjà là : Les pays en voie de développement n’ont pas les moyens de faire face (avec une déstabilisation climatique qui peut avoir directement des incidences sur la stabilité économique et politique de ces états). Ils sont donc fragilisés. A la conférence de Nairobi sur le climat en 2006, on a commencé à parler d’adaptation pour les pays du sud. Il y a l’impératif que les pays du nord doivent se donner d’aider les pays du sud sinon tout accord sera refusé. Aujourd’hui on serait seulement à 40 milliard de dollars d’engagements d’aide ce qui est loin du compte pour aider les pays du sud à faire face à la situation. L’autre aspect sera de concevoir une aide intelligente qui vise à conduire les pays à se développer d’une autre façon que celle qui a amener les pays du Nord à provoquer une telle aggravation du réchauffement climatique. Le dernier aspect est le problème des réfugiés climatiques qui vont se retrouver de plus en plus nombreux et dont la pression va s’exercer en premier lieu à l’intérieur même des pays du sud.

Un second tour de parole a été consacré aux actions mises en œuvre par la société civile

Famara Karfa Diallo a présenté son organisation ENDA PRONAT qui est née au Sénégal et dont l’action est tournée vers la lutte contre la pauvreté. La stratégie retenue est d’accompagner les paysans à se convertir du modèle traditionnel vers celui de l’agriculture biologique afin d’améliorer leur revenu. Le développement des systèmes de circuits courts s’appuie essentiellement sur les femmes et le choix a été de favoriser cette forme de discrimination positive. L’ONG fait un gros travail d’insertion dans le domaine du maraîchage. Il s’agit par exemple d’aider les exploitations à s’équiper de pompes écologiques solaires en s’appuyant en partie sur la fabrication locale de certains éléments. Bien souvent l’État n’apporte aucune aide et il faut chercher les financements ailleurs comme avec la coopération allemande ou française via le CFSI et la Fondation de France.

Cependant, la démocratie est réelle au Sénégal peut être plus que dans certains pays européens. Le travail se fait surtout auprès des populations. S’il y a un problème accaparement des terres depuis 30 ans et qu’il faut trouver plus d’espace pour produire la nourriture, la réussite de la structure est d’avoir contribué à faire barrage à des tentatives d’accaparement des terres. Nous encourageons les leaders locaux à être dans les élections car une fois élus ils sont d’une aide précieuse pour avoir des informations sur ce qui se trame. De la même façon nous agissons contre l’arrivée des OGM et du contrôle des semences par les grandes firmes. Il y a un enjeu à lutter contre l’arrivé des marchandises comme les volailles et les oignons pour ne pas fragiliser des secteurs agricoles qui sont des plus dynamiques. L’Europe exporte des oignons au Sénégal qui sont subventionnés, ce qui détruit l’agriculture de l’Afrique et après on s’étonnera que les migrants partent en pirogues. Il faut savoir qu’au delà d’un certain point, il ne faut plus compter sur la parole des hommes politiques et qu’il s’agit de s’appuyer sur le renforcement de la société civile.

Hamado Simporé explique que la société civile s’est beaucoup mobilisée contre les OGM à l’occasion notamment de la marche mondiale contre Monsanto. Il souligne l’importance de jouer un rôle de vigilance face à cela. Nous ne pouvons parler d’adaptation au changement climatique si nous n’incluons pas les savoirs endogènes et ancestraux. Il évoque en particulier l’utilisation de la technique du zaï pour recueillir les eaux de ruissellent, l’irrigation par goutte à goutte… Les jeunes agriculteurs se réorientent de plus en plus vers l’agro-écologie et s’impliquent dans la structuration du réseau international « Slow food ». Les pays du nord doivent être solidaire avec les pays du sud. Le boycott est aussi une arme qui doit être utilisée pour faire plier les multinationales. Au Burkina Faso, avec la situation politique que le pays vient de connaître, il y a une nouvelle génération de citoyens et une nouvelle conscience sur ces problèmes. Le combat que nous devons mener et celui sur la bonne gouvernance. Les citoyens du nord doivent être informés que leur ressources reviennent le plus souvent dormir dans les paradis fiscaux en Europe. Nous sommes confrontés à la corruption des politiques. Il faut dénoncer les hommes politiques qui sont incapables d’assumer leurs promesses et préfères se soumettre aux multinationales. La santé, l’éducation... sont des secteurs prioritaires. Il conclu avec ces mots Il y a des aides que nous recevons parfois mais que nous n’avons pas demandé. Nous pensons que l’aide doit être plus responsable.

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Henry Leonardo Salasar Barona

Henry Leonardo Salasar Barona estime que les ancêtres de sa communauté ont été très intelligents, ils avaient la connaissance de beaucoup de minéraux, ils ont compris que tout cela ne se mangeait pas et on tourné leurs yeux vers l’agriculture. Ils avaient un grand respect avec la mère Terre et l’environnement. La colonisation a été très dure et la lutte de la résistance continue. En 2000 et 2005 nous avons signé un traité entre l’Amérique du Sud et les Etats Unis. Il y a eu beauoup de protestations, et Raphaël Corréa est arrivé au pouvoir. Dans la partie orientale de l’Amazonie, il existe la plus grande réserve écologique où il y a du pétrole. Le gouvernement devait trouver de l’argent pour maintenir les politiques d’aides nationales sans exploiter le pétrole avec le projet Yasuni ITT. Etant donné le montant dérisoire des engagements pris notamment par les pays du nord, l’objectif n’a pas été atteint. La concession d’exploitation a été donné aux chinois et donc pillés par les multinationales chinoises. Il est difficile de faire comprendre aux multinationales que les minéraux ne se mangent pas malgré les conséquences que l’on peut redouter.

Dans son pays on a introduit le Coca Cola. Beaucoup de personnes, au lieu de prendre un repas, se sont mis à consommer cette boisson. Au bout de 5 à 8 ans les conséquences sont arrivées comme le diabète ou l’ostéoporose. Il a fallu changer et revenir à la situation antérieur, manger des fruits, faire des jus naturels... De la même manière, avec le traité de libre échange il s’agissait de se voir imposer les semences certifiées pour faire une soi-disante bonne production. Il s’est avéré que ces semences nécessitent l’utilisation de beaucoup de produits chimiques qui ont un impact très négatif sur la santé et l’environnement. D’où l’importance du "Manger de manière saine et vivre de manière saine". Dans leur constitution figure d’ailleurs la notion du "bien vivre"

Michel Galliot a évoqué le mauvais usage qui est fait de l’aide internationale dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique quand elle est utilisée notamment pour payer des experts à 300 ou 400 euros de l’heure afin de suggérer des plans d’adaptation au changement climatique qui ne sont pas en adéquation avec les attentes de la population. Bien souvent l’aide n’est pas une aide car elle est conditionnée par d’autres contre-parties.

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