Déclaration des Indiens du Nordeste à l’Assemblée Nationale à Paris

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Mercredi 8 octobre, la délégation des indiens du Nordeste a participé à une rencontre à l’Assemblée Nationale avec des représentants politiques, des ONG telles que Amnesty International, Autres Brésils, France Liberté, Survival et une diplomate de l’Ambassade du Brésil. Le texte ci-dessous reprend l’intégralité de la déclaration des indiens. Dans la même journée ils ont été reçus pour un déjeuner de travail avec Jean Désessard (Sénateur Vert) où il fut question du droits des peuples autochtones et de l’impact du changement climatique. Dans l’après-midi une réunion a eu lieu en présence de Danielle Mitterrand au siège de sa fondation qui porte déjà plusieurs projets en soutien aux communautés indiennes du Brésil.

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La délégation des indiens du Nordeste en sortant de la rencontre à l’Assemblée Nationale en compagnie de Patrick Farbiaz (représentant le Parti Vert) et Sergio Pablo Coronado ( pour le Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine)

Nous, représentants légitimes des Nations Indiennes du nord-est brésilien : Pankararu, Kariri-Xoco, et Tupinambá de Olivença, venons auprès de l’Assemblée Nationale Française et de toute la société française, dans le but de garantir aux Peuples Indigènes du monde entier, le droit de continuer à maintenir notre identité véritable, et principalement, le DROIT à la VIE.

Atiã Pankararu ; Ayrá Pankararu et Yakuy Tupinambá, nous savons qu’il existe de puissants groupes économiques, se servant de la pire arme que l’homme ait inventée contre lui-même – L’ARGENT - pour exploiter à outrance les richesses naturelles de notre territoire. Ces groupes
animés d’une mentalité encore colonialiste empêchent, en influençant les Pouvoirs de l’Etat, le respect des Lois brésiliennes, Traités et Déclarations Internationales, pourtant destinés à promouvoir L’EGALITE et LA JUSTICE pour tous.

Aujourd’hui encore, au XXI siècle, nous sommes victimes de violations majeures du Droit Essentiel à la vie. Au nom de la croissance, ou du développement économique, l’homme qui se dit civilisé, cause la destruction de la PLANETE TERRE, ainsi que toutes formes de Vies existantes. Ce modèle est responsable du plus grand génocide
dans l’histoire de l’humanité.

Une véritable GUERRE fut initiée sur notre TERRITOIRE ORIGINAIRE et SACRE, réduit à une taille ridicule et, transformé en véritables Camps de Concentration, appelés « Réserves Indigènes », où la pratique de l’ethnocide est facilitée. Il n’existe aucune reconnaissance légale, ou légitime, et encore moins de prise de conscience de la part de ceux qui commencèrent cette maudite guerre, ni de ceux qui la continuent.

Le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) révèle le nombre de leaders indiens assassinés :

- en 2003, 33 assassinats ;
- en 2004, 37 assassinats ;
- en 2005, 40 assassinats ;- en 2006, 56 assassinats ;
- en 2007, 97 assassinats ;
- en 2008, les assassinats continuent...

Le nombre d’assassinats augmente terriblement lorsque l’on inclut nos frères indiens qui meurent de : malnutrition, inanition, suicides, alcoolisme, drogues et autres.

La Justice Brésilienne ferme les yeux sur ce qui se passe. Alors qu’elle est le symbole de l’impartialité, elle ne fait que temporiser la situation avec les grands et puissants latifundiaires. En plus de rester les yeux fermés, la Justice croise les bras, les jambes, et nous tourne le dos.
Au Ministère Public Fédéral du Brésil, on trouve des piles de plaintes émises par les Leaders Indigènes de tout le territoire brésilien, et aucune décision concrète n’est prise. Les procédés de démarcation, d’élargissement, d’homologation, et d’expulsion sont paralysés. Le gouvernement de Lula fut celui qui démarqua le moins les Terres
Indigènes, malgré sa promesse lors des campagnes électorales. Il existe plus de 300 procès abandonnés.

Pankararu – Environ 7 000 indigènes, qui vivent sur une aire de 14 294 hectares, dans les municipalités de : Tacaratu, Jatobá et Petrolândia, dans l’Etat de Pernambuco – Brésil, déjà démarquées et homologuées. Ce territoire n’est pas entièrement restitué, il existe plus de 2 000 grands propriétaires qui y vivent et l’exploitent.

Kariri-Xocó – 2 600 indigènes vivant dans la municipalité de Porto Real do Colégio, Etat de Alagoas – Brésil, une aire en démarcation de 4 419 hectares, mais un peuple qui survit sur seulement 699,35 ha, la majeure partie du territoire étant occupée et exploitée par de grands propriétaires.

Tupinambá de Olivença – Avec plus de 7 300 indigènes, dans quatre municipalités : Ilhéus, Una, Buerarema, et São José da Vitória, dans l’Etat de Bahia – Brésil, les Tupinambás revendiquent la reprise de leur territoire d’origine de 42 000 ha, ils attendent depuis 2002 que le gouvernement fédéral déclare, démarque, homologue et "décolonise" les terres indigènes Tupinambás.

La FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien, organisme du Ministère de la Justice), fut créée pour soutenir les droits des indiens et ne sert en fait que de nid à emplois. La FUNAI corrompt les chefs indiens, génère des
conflits, détourne et blanchit les ressources publiques, et contribue à l’idée que nous sommes des incapables. La restructuration de cet organisme est urgente.

Les politiques d’Education et de Santé sont imposées dans nos villages, et contribuent à la pratique de l’ethnocide, aux manoeuvres politiques, aux arguments pour renforcer l’idée d’ « acculturation ». L’assistance est privilégiée au détriment de l’autonomie que nous souhaitons.
Les indigènes qui arrivent jusqu’à l’Université, ne savent jamais s’ils réussiront à terminer leurs études. En plus des difficultés d’adaptation, de la discrimination et des préjugés, ils ne reçoivent qu’une somme variant entre 100€ et 400€ comme aide financière de la FUNAI, pour payer le logement, le transport et le matériel didactique. Aucun
logement universitaire n’est offert aux indigènes.

De nos jours encore, nous sommes vus comme des sauvages, paresseux, et on continue d’être christianisés, plus seulement par les catholiques, mais aussi par de nombreuses autres églises. Pire encore, ils envahissent les partis politiques, argumentant la nécessité de nous faire participer à la politique pour que nous puissions obtenir
la mise en place de programmes du gouvernement avec plus de facilité. En fait, ce qu’ils font avec nous est un jeu, ils imposent leur volonté en corrompant nos chefs, générant ainsi des conflits et divisions internes, ils ne respectent pas notre autonomie, c’est à dire notre volonté de demeurer loin de cette saleté qui affecte l’esprit et le
corps.

Que l’on nous rende nos terres usurpées pour que nous puissions vivre avec dignité. Nous voulons récupérer
notre liberté, notre droit de choisir. Nous avons nos valeurs, notre éthique, notre morale et notre religion. Nous
possédons également des savoirs qui aident l’humanité toute entière même si nous ne nous sommes pas reconnus.
En effet la science boit à la fontaine de nos savoirs, une fois ce savoir transformé en vérité scientifique, on
nous oublie. Par exemple, les matières premières, aujourd’hui synthétisées dans vos industries pharmaceutiques
et cosmétiques, sont tirées des savoirs autochtones, tout comme les aliments qui arrivent sur vos tables.

Reconnaissez la guerre qui fut implantée sur notre territoire et aidez-nous à récupérer le droit de vivre en Paix et
de sauver la planète qu’ils sont en train de détruire.

Si nous possédons encore l’Amazonie et d’autres Forêts, c’est parce que nous, les Indiens, prenons soin de Mère
Nature. Des recherches ont été faites sur les « Réserves Forestières » et il a été prouvé que dans les « Réserves
Indigènes », où nous vivons, comme véritables gardiens de la Nature, la Forêt est bien mieux préservée.

Le Capitalisme Sauvage fut implanté comme le plus vil des hommes prenant ses outils mortels, dérobant l’arbre
pour ensuite le transformer en un bout de bois et le vernir ; celui-ci est brillant à l’extérieur mais mort à l’intérieur,
comme une urne funéraire.

Un homme en quête de savoirs sans précédents s’individualisa, s’éloigna de ses racines et devint une machine à
produire et à consommer. L’homme dit civilisé s’éloigna tellement, qu’il n’accepte plus les lois naturelles, il oublie
que rien n’est infini, ni même la Terre Mère.

En alerte à toute l’humanité, nous souhaitons informer que Mère Nature a commencé à donner des réponses.
Nous qui avons toujours vécu en harmonie avec le Tout et capables d’entendre toutes les lamentations qui viennent
de la Terre Mère, nous sommes perdus, nous ne savons pas identifier la période de plantation des cultures
nécessaires à la production d’aliments ; les phénomènes naturels sontde plus en plus intenses, les inondations et
les sècheresses augmentent, des milliards de pingouins sont déjà arrivés au nord-est brésilien, et le loup de mer
au sud-est – Rio de Janeiro.

Notre objectif, ensemble avec les dirigeants français, et peut-être du monde entier, est principalement de réveiller
une conscience planétaire du respect de la diversité et de la Vie.
Avec tous nos remerciements.

Malgré l’effort du Président Lula, et d’une faible part des membres de son gouvernement, spécialement du Ministère
de la Culture, qui essaie de trouver des solutions à la problématique indigène du Brésil implantée depuis
l’époque de l’invasion de notre Territoire Sacré, les démarches sont insuffisantes pour garantir nos droits écrits
dans la Constitution de la République Fédérale du Brésil de 1988. La Constitution respecte et vise à la protection
de nos Peuples Indigènes mais elle n’est pas garantie.

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Dans l’après midi les indiens ont été reçus par Danielle Mitterrand au siège de sa fondation (France Liberté)

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