Le samedi 8 août 2026, le Comité international du Mémorial Thomas Sankara a organisé une importante rencontre pour informer et sensibiliser le public sur l’importance d’appuyer la création de l’Alliance des États du Sahel et présenter la « Révolution Progressiste et Populaire » d’Ibrahim Traoré, bien qu’elle se distingue de celle de Thomas Sankara qui se voulait « démocratique et populaire ».
À plusieurs reprises, le collectif des organisateurs a répété avec vigueur le slogan « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! », illustrant leur détermination à triompher du terrorisme via la conversion d’une partie de l’économie du pays en économie de guerre — notamment par la création d’une taxe pour financer l’armée et la constitution de brigades de « volontaires » pour la défense de la patrie. Il faut dire que celles-ci se composent effectivement de volontaires, mais aussi de personnes enrôlées de force, qu’elles soient journalistes, magistrats ou militants, pour avoir osé émettre des réserves sur la politique du gouvernement. Les militants ont clairement répondu sur ce sujet en affirmant qu’en situation de guerre, aucun pays ne peut garantir la liberté d’expression et que l’unité nationale prévaut pour défendre la patrie menacée.
L’autre critique formulée est celle du rejet de la France et de son attitude néocoloniale vis-à-vis des populations du Burkina Faso : l’ex-puissance coloniale ne permettant pas au pays de se doter des armes nécessaires pour combattre efficacement les terroristes, tout en faisant peser des injonctions sur la politique économique ou la sécurité. Au final, ce sont autant de comportements irrespectueux qui ont contribué à générer un énorme ressentiment de la population vis-à-vis des autorités françaises, ne supportant plus un tel manque de considération.
L’échec de la démocratie à sortir le pays de la pauvreté
Une autre critique formulée avec insistance concerne la démocratie que le Burkina Faso a développée avec zèle depuis son indépendance en s’inspirant de modèles occidentaux comme celui de la France, et qui n’a pas permis au pays de voir son indice de développement humain décoller en plusieurs décennies. Désormais, le pays figure toujours dans le top 10 des pays les plus pauvres du monde.
Les organisateurs ont aussi décliné de façon conséquente un certain nombre de thèmes qui figurent dans le manifeste de la Révolution progressiste, populaire et souverainiste du Burkina Faso : un État qui décide librement de ses choix, tels que nourrir sa population, développer des structures de santé, favoriser l’émancipation de la femme, le respect de l’environnement, l’indépendance politique et économique, la moralisation de la vie publique, le renforcement de la défense et de la sécurité, la participation citoyenne, le développement de la coopération scientifique, le renforcement de la solidarité entre les peuples du Sahel...
Au cours du débat, j’ai validé un grand nombre de points présentés tout en exprimant mon sentiment d’inquiétude et mes réserves sur ces quelques sujets :
– Sur la liberté d’expression : J’ai réfuté l’idée d’assimiler l’ensemble des voix critiques à des complices du terrorisme. J’ai précisé qu’il était important de respecter le principe de la liberté d’expression pour ceux qui, loin de vouloir compromettre la sécurité du pays, sont à même de contribuer, même par des réflexions critiques, à l’intérêt général en faveur de la population.
– Sur la perception de l’armée française : J’ai mis en garde contre la tendance à donner trop d’importance à l’armée française. Plusieurs participants ont exprimé le ressentiment d’avoir été abandonnés, mais j’ai souligné que des puissances militaires majeures comme la Russie ou les États-Unis ont été mises en échec dans plusieurs régions du monde au cours des dernières décennies. Il était illusoire d’attendre de l’État français qu’il résolve un problème aussi complexe que le terrorisme au Sahel en dispersant quelques milliers de soldats sur des territoires qui représentent près de quatre fois la superficie de la France.
– Sur l’option militaire : Il y a un danger pour le Burkina Faso à trop privilégier l’option exclusivement militaire, qui peut produire plus de terroristes qu’elle n’en élimine parmi des populations qui subissent la répression. Depuis des décennies, des frustrations existent dans des territoires reculés, que le JNIM n’hésite pas à exploiter. De même, d’anciens coupeurs de route y ont trouvé une nouvelle forme d’investissement sordide en s’enrôlant dans des actions terroristes. Il est donc nécessaire de trouver des réponses politiques pour ces territoires hors de contrôle, visant à rétablir les services publics, à revitaliser la vie locale et à offrir des perspectives à des populations en déshérence.
– Sur l’avenir démocratique : Face à la crise mondiale de la démocratie, j’ai exprimé mon espoir en direction de la société civile africaine, capable de mettre en œuvre une démocratie « 2.0 » reposant sur l’investissement direct des citoyens, tout en montrant les faiblesses des démocraties électives qui, partout dans le monde, sont de plus en plus piratées par des stratégies de désinformation visant à manipuler les opinions publiques, les électeurs et le résultat des urnes.
Il faut remercier les organisateurs de ce débat, qui même parfois vif, a permis d’échanger dans un esprit de respect et d’ouverture.
A voir aussi le reportage de Kingo TV sur Youtube
Maison des Droits de l’Homme
Un espace interassociatif, à Limoges et en Limousin, pour réfléchir et construire une société solidaire, démocratique, pacifique et durable



