Au cœur des débats qui animent le mouvement altermondialiste, la question de l’avenir du Forum Social Mondial (FSM) suscite autant de passions que d’exigences. Lors du Cercle de réflexion, militants, actrices et acteurs de la société civile venus des quatre coins du monde — de la Colombie au Népal, du Sénégal à l’Autriche ou au Canada — se sont réunis au pied des arbres au sein du campus, en cette après-midi du 8 août, pour dresser un bilan sans concession et esquisser les voies de son renouvellement.
Un constat s’impose d’emblée avec force : le FSM doit continuer. Loin du cynisme ambiant, un consensus clair et enthousiaste a réaffirmé la nécessité absolue de préserver cet espace unique d’interconnexion, de solidarité internationale et de résistance. Mais pour faire face aux défis contemporains, le Forum ne peut plus fonctionner comme il le fait depuis 25 ans : il doit se transformer.
Voici les grands axes de réflexion et d’action qui sont ressortis de ces échanges riches en propositions :
1. Refonder la gouvernance et dépasser l’événementiel
Après un quart de siècle d’existence, le modèle du FSM touche ses limites. Les participants ont souligné l’urgence de réformer une gouvernance souvent jugée opaca et de clarifier le rôle du Conseil International. L’objectif est clair : sortir d’un simple événement ponctuel pour faire du FSM un processus dynamique, continu et permanent, irrigué par les méthodes de l’éducation populaire.
2. Réussir le passage de relais avec la jeunesse
La transmission générationnelle est sans doute le défi le plus pressant. Pour combler le fossé qui s’est creusé depuis plus de deux décennies entre l’engagement des jeunes et les structures traditionnelles, le FSM doit leur ouvrir grand ses instances décisionnelles. C’est aux générations actuelles d’outiller, d’informer et de donner envie à la jeunesse de s’emparer pleinement de cet outil de lutte.
3. Passer du débat à l’action collective
Face à l’offensive néolibérale, à la montée des fascismes, au patriarcat et à la crise climatique, le FSM ne peut plus se contenter d’être un simple espace de parole. Il doit redevenir un catalysateur de luttes permettant d’élaborer des agendas collectifs, des campagnes de convergence et un calendrier partagé d’actions directes.
4. Placer l’inclusion et la justice sociale au centre
Un FSM renouvelé doit se montrer exemplaire en matière d’inclusivité. Les interventions ont rappelé la nécessité de donner une vraie place aux groupes minorisés et marginalisés : mouvements LGBTQIA+/fiertés, personnes racisées, femmes du secteur informel ou victimes de violences, et voix de la diaspora confrontées au racisme systémique.
5. Ancrer le mouvement dans les territoires et le Sud global
Les véritables alternatives s’élaborent d’abord à l’échelle locale. La revitalisation du FSM passe par une multiplication des forums locaux, nationaux et régionaux pour renforcer le maillage militant avant l’échéance mondiale. De plus, une place centrale doit être réaffirmée pour le Sud global, notamment par un ancrage fort en Amérique Latine et une présence régulière sur le continent africain.
6. Moderniser nos outils de communication
Pour faire entendre ses alternatives face au grand capital, le mouvement doit adopter de nouveaux outils de communication et investir dans des plateformes numériques indépendantes. Cela permettra de maintenir le lien entre les collectifs tout au long de l’année et de diffuser largement un récit collectif émancipateur.
Continuer à faire vivre l’espoir
Ce Cercle de réflexion a démontré que si le FSM traverse une crise de croissance, sa vitalité politique et sa capacité d’émerveillement restent intactes. Refuser la résignation, renouveler nos pratiques et faire perdurer nos alliances : tel est le cap fixé pour que « un autre monde possible » ne soit pas un slogan du passé, mais une construction du présent.
Maison des Droits de l’Homme
Un espace interassociatif, à Limoges et en Limousin, pour réfléchir et construire une société solidaire, démocratique, pacifique et durable




