L’ambassadeur d’Equateur à Limoges pour présenter le projet "Yasuni ITT"

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Jeudi 1er décembre 2011, en prélude à la journée de rencontre des acteurs de la coopération du Limousin, une soirée sur le projet Yasuni ITT était organisée à Limoges par la Région Limousin avec la participation de l’Ambassadeur d’Equateur Carlos Jativa. Après la projection du documentaire "Une Idée Simple et Révolutionnaire" de Laétitia Moreau retracant deux ans de combat du gouvernement équatorien et de la société civile pour faire aboutir l’initiative Yasuni Itt., son excellence l’Ambassadeur a expliqué les enjeux de ce projet devant un large public d’acteurs de la solidarité internationale et d’universitaires impliqués en matière de droit de l’environnement.

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Carlos Jativa, Ambassadeur d’Equateur en France lors de son intervention à Limoges, à la Maison Régionale des Sports pour présenter le projet Yasuni ITT

L’Ambassadeur a en premier lieu précisé que le parc Yasuni était situé à l’Est de la Cordillère des Andes en Amazonie dans une des zones les plus riches du monde en matière de biodiversité. La démarche proposée consiste à maintenir inexploité un des secteurs du parc Yasuni (ITT) : Ce qui représente 846 millions de barils de pétrole présents sous cette zone soit 20% des réserves de pétrole de l’Equateur. Ainsi en renonçant sur 13 ans à l’exploitation du pétrole l’Etat équatorien se retrouvera privé de 7,2 Milliards de $ en recettes pétrolières. Le projet Yasuni ITT consiste pour l’Equateur à solliciter auprès de la communauté internationale le versement de 3,6 milliards de $ afin que le gouvernement renonce à cette extraction pétrolière. Celle-ci représenterait 407 millions de tonnes de C02 qui ne seraient pas émises dans l’atmosphère ce qui correspond à deux ans et demi d’émissions de gaz à effet de serre en France.

Carlos Jativa a ensuite montré que l’Equateur s’engageait dans un effort important pour protéger l’environnement en renonçant de la sorte à la moité de la manne pétrolière que représenterait l’exploitation de cette zone naturelle. Il a aussi indiqué que les sommes récoltées seraient dédiées pour cette région à promouvoir le développement social, conserver la biodiversité, protéger les droits des peuples indigènes et valoriser aux yeux du monde la possibilité de mettre en place une économie "post pétrolière". Une partie du capital sera investie dans le développement de sources renouvelables d’énergie comme l’hydraulique, la géothermie, l’éolien et le solaire. Une autre part importante sera aussi mobilisée pour promouvoir le développement social, mettre en place des actions en matière de santé, d’éducation, de formation, d’emploi et d’écotourisme.

Le fonds Yasuni est administré par le Programme des Nations unies pour le développement humain PNUD)en s’appuyant sur un accord signé le 3 aout 2010. Déjà plusieurs pays ont commencé à abonder en faveur de ce fond, l’Espagne et Italie. D’autres se sont engagés à le faire comme la France.

En France sur le plan local, la situation a aussi beaucoup évolué. Depuis 2010, un nombre croissant de collectivités locales s’engagent dans la démarche engagée par la Région Rhône Alpes ou le Conseil Général de la Meurthe et Moselle pour participer à la constitution de ce fond. Stéphane Cambou Vice-Président du Conseil Régional, s’était exprimé en ouverture pour dire que la Région Limousin s’est à son tour impliquée en 2011 pour soutenir cette initiative.

L’association Viva Yasuni a été créée en France pour promouvoir ce projet auprès des institutionnels et du public. Mathieu Le Quang doctorant en science politique membre de Viva Yasuni est intervenu pour dire à quel point les régions les plus pauvres d’Equateur sont aussi celles où le pétrole est le plus exploité d’où l’évolution d’une sensibilité en Equateur à prendre des initiatives pour empêcher cette exploitation.

Comment mobiliser le monde pour sauver la planète du réchauffement climatique ?

Le débat, auquel un bon nombre d’enseignants, d’élèves et de chercheurs du CRIDEAU ont participé, a soulevé la question de savoir si cette initiative n’était pas un chiffon vert agité dans un contexte international où beaucoup d’acteurs renoncent à lutter contre les causes du changement climatique. Aujourd’hui seulement 70 millions d’euros ont été trouvés sur les 3600 recherchés dans un processus non contraignant et reposant sur le volontariat. Plusieurs intervenants ont reconnu toutefois l’importance de cette initiative et l’opportunité qu’elle pourrait offrir au monde en matière de prise de conscience de la nécessaire limitation de l’extraction des ressources énergétiques. La démarche pourrait prendre aussi une toute autre ampleur si d’autres régions menacées dans le monde reprenaient le même type d’action.

Jean Jacques Gouguet, chercheur au CRIDEAU à Limoges, a pris la parole pour souligner l’importance que le pétrole doit rester à sa place ce qui pose des problèmes économiques, politiques et éthiques. Il s’est aussi interrogé sur le bilan coût/avantage tout en pointant le risque de la monétarisation des actifs de la nature. A quel prix faut-il mettre l’hectare de biodiversité pour empêcher la venue des extracteurs ? Carlos Jativa et Mathieu le Quang ont clairement répondu, qu’à travers le projet Yasuni ITT, il n’était point question d’émettre des titres qui pourraient être échangés contre le droit de polluer mais, que tout simplement, l’Etat d’Equateur s’engageait à laisser le pétrole là où il est .

Durant la soirée, il a été dit qu’en Equateur, selon les sources, 60 000 à 200 000 ha de forêts disparaissent par an, ce qui place ce pays devant le Brésil en matière de déforestation. Cette situation ne colle pas au principe du "Sumak kawsay" inscrit dans la constitution équatorienne et qui fait référence au "bien vivre" dans le respect de la Pacha Mama (mère Terre). Cependant, l’Equateur parvient à limiter son empreinte écologique à un niveau d’équilibre quand l’Europe et les Etats-Unis vivent très au-dessus de leurs moyens.

Pour en savoir plus :
- L’initiative Yasuni ITT présenteé sur le site de l’Ambassade d’Equateur
- Voir aussi le site www.sosyasuni.org

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