Algérie : Focus sur la situation et les luttes des femmes à l’occasion des 50 ans d’indépendance

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Ce 28 mars 2012, à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges, les associations Cultures Maghreb Limousin et Limousin Algérie organisaient une conférence sur le thème « Résistances des femmes algériennes » avec la participation de Wassila Tamzali (avocate et écrivain) ) et Marie Virolle (anthropologue et spécialiste de la littérature algérienne). Cette action s’inscrivait dans le cadre de la célébration des 50 ans d’indépendance de l’Algérie.

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Driss Boularas de l’association Culture Maghreb Limousin présente la rencontre avec à sa droite Wassila Tamzali et à sa gauche Marie Virolle
Salle de conférence de la BFM à Limoges - 28 mars 2012

Marie Virole a dressé en premier lieu un inventaire des femmes qui se sont lancées dans l’écriture et ont contribué à un éveil de la société algérienne. Elle a beaucoup évoqué cette décennie noire des années 1990 dont on dit qu’elle a fait 200 000 morts. Elle a notamment cité Najia Abeer qui écrivait "Les vagues terroristes assaillent des citoyens simples".

Wassila Tamzali a décrit un tableau de la situation des femmes en Algérie qui est très noir. Elle a précisé en premier lieu que ce contexte trouvait ses origines dans la violence de la colonisation quand un peuple se trouve dépossédé de ses terres, de sa langue et quelque part doit subir cette humiliation profonde d’être des citoyens de seconde zone. Avant la colonisation, les femmes héritaient de la terre, les femmes seront des résistantes de l’identité.

La guerre d’indépendance a été extrêmement violente et a généré des traumatismes qui ont été enfouis à l’heure de l’indépendance. Quand le pays a retrouvé sa liberté, on a parlé de rien. Le pouvoir a renforcé son pouvoir et passé sous silence cette violence. L’idée, dés le départ, était bien celle de ne pas partager le pouvoir et cela s’est traduit par l’action de priver le peuple de toute éducation politique.

Reconstruire la horde sauvage

La violence s’est en fait beaucoup portée sur la question de la sexualité. Pour compenser cette soumission des hommes à cette forme d’obéissance au pouvoir, celui-ci s’est appuyé sur ce besoin de la haine contre les femmes et la volonté de les dominer. On est vraiment dans le mythe de reconstruire la horde sauvage : Réunir les habitants dans une forme de fraternité terrible où le pouvoir s’exerce dans le cercle familial. On a interdit ainsi toute forme de socialisation en dehors de l’enfermement sur la famille. Un homme algérien ne peut pas rêver de devenir président de la république mais il peut dominer les femmes chez lui et dans la rue.

Plus grave encore, est ce besoin de déshumaniser les femmes en les réduisant à leur sexe et en fétichisant les cheveux. En Algérie, la violence est devenue un moyen de pouvoir. La rue est un lieu qui est devenu dangereux en particulier pour les femmes. L’Algérie a sacrifié l’intelligence en tuant ses enfants.

A ce stade, Wassila Tamzali évoque le fait qu’elle s’est insurgée contre le choc des cultures. Par exemple, en Algérie on n’a pas forcément voilé les femmes pour qu’elles portent le voile mais aussi pour montrer une forme de résistance à la France. Cependant, elle souligne l’importance de l’universalisme et de la démocratie qui portent en eux de la critique. Elle constate que les mouvements religieux, sur le plan politique, ont apporté le développement d’une forme de fascisme et se sont enfermés immanquablement dans la radicalisation.

L’indépendance de l’Algérie a été l’occasion d’une grande trahison. La société a été formatée par les nationalistes et les tiermondistes. La population a été impliquée dans le redressement économique pour attendre un avenir meilleur qui n’est jamais venu. En 1967, à Alger, dans le périmètre de l’université, les jardins ont été grillagés et la première mosquée s’est ouverte ce qui laisse à penser que la religion n’est pas tombée du ciel. Dans l’Islam, tel qu’il est imposé en Algérie, il n’y a finalement pas beaucoup de spiritualité mais pleins d’interdits qui maintiennent les forces de l’oppression dans la société.

Elle souligne aussi qu’il y a eu parfois quelques soubresauts de la société civile qui ont permis d’obtenir une certaine liberté dans la presse écrite. Celle-ci ne se retrouve pas vraiment dans la télévision qui demeure un outil de contrôle social.

La question du statut de la femme au cœur des révolutions

Les révolutions telles qu’elles se sont engagées sont beaucoup portées par les jeunes et les femmes. Ces révolutions ont le mérite de faire sortir les pays du monde arabe d’une longue période de glaciation au niveau des libertés publiques et de la démocratie. En Tunisie, les femmes sont aux premières loges de la lutte et il y a l’espoir que l’Algérie fasse aussi sa révolution. Une des grandes victoires est de voir à quel point les mouvements laïques ont su se mobiliser pour empêcher l’adoption de la Charia dans la constitution. Tout compte fait, le plus grand enjeu dans le monde arabe est bien celui de faire la révolution du statut de la femme et de la reconnaissance de ses droits, ce qui nécessitera encore bien des luttes.

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