Burkina Faso : Le point sur la situation de crise après le putsch

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Kossyam : Le palais présidentiel épicentre de la crise au Burkina Faso
Photo d’archives - GB - Juillet 2009

Le mercredi 16 septembre, le Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) s’est lancé dans un véritable coup de force en s’invitant au Conseil des ministres et en prenant en otage le Président du Faso, le Premier Ministre et plusieurs membres du gouvernement. Ce coup de force contre la transition amorcée depuis la chute de Blaise Compaoré en octobre dernier et la démocratie a d’ailleurs été confirmé par la nature des premières actions entreprises à l’encontre de la population.

Un putsch contre la transition et contre la démocratie

Dès les premières heures de ce putsch des éléments du RSP se sont répandus dans Ouagadougou en visant comme première cible les médias indépendants n’hésitant pas incendier les motos de journalistes, à en molester ou menacer quelques autres, à couper la diffusion de radios privées, qui s’étaient notamment illustrées comme des espaces d’expression citoyen lors de la révolution (Radio Oméga, Radio Liberté…), et à prendre le contrôle de médias publics. Des exactions ont été commises pour contrer toute forme de résistance. Ainsi des éléments du RSP n’ont pas hésité à tirer à balles réelles pour dissuader les militants de manifester, tuant plus d’une dizaine de personnes et en blessant plus d’une centaine d’autres (selon un premier bilan). On se souviendra en particulier de la roquette qui a été lancée contre le studio de Smokey heureusement absent et qui figure parmi les leaders du Balai Citoyen.

Quand la CEDEAO tente de légitimer le putsch dans sa mission de médiation

Dans les 24 heures qui ont suivi le putsch, une mission conduite par le président du Sénégal Macky Sall et celui du Bénin Thomas Boni Yayi s’est formée au nom de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’ Afrique de l’Ouest) pour tenter de concilier les « deux parties ». On peut se demander à quel point cette mission est partie sur de mauvaises bases tant elle cherche à mettre sur le même plan des positions qui n’ont pas lieu d’être comparées. On a d’un côté un gouvernement de transition qui mettait la dernière main à la préparation des premières élections présidentielles depuis le renversement de Blaise Compaoré. On a de l’autre un régiment qui a tenté un coup de force tout simplement parce qu’il était voué à être dissout et qui s’est servi d’une seule revendication qui pouvait sembler en partie légitime, celle de l’équité électorale entre les candidats.

On peut dire que les premières propositions de la CEDEAO formulées dimanche ont semé une certaine consternation dans la société burkinabé et au-delà, tellement elle faisait le jeu des putschistes en reprenant en grande partie leurs revendications : Celle de vouloir relégitimer des candidats de l’ancien régime qui ont du sang sur les mains ou qui se sont livrés à des délits d’ordres financiers. Il y a aussi cette proposition inadmissible de voir amnistier des soldats qui se sont livrés à des crimes contre la population civile avec parmi les victimes bien souvent des jeunes gens dans la fleur de l’age. Dans ce mouvement de réprobation qui a saisi en partie le continent africain on peut relever en particulier les acteurs de la société civile sénégalaise comme le M23 ou le mouvement « Y’en a marre » qui ne se retrouvent pas dans les propositions du président sénégalais.

Le lourd passif du leader des putschistes

L’autre élément qui pèse fortement dans les événements qui se déroulent réside dans la personnalité même du leader des putschistes Gilbert Diendéré. Celui-ci n’était autre que le bras droit de Blaise Compaoré en dirigeant pendant 30 ans le Régiment d’élite que constitue celui de la sécurité présidentielle. Il est d’ailleurs suspecté d’avoir été à la tête du commando qui a assassiné le Capitaine Sankara lors du coup d’état d’octobre 1987. Par la suite il sera un des fidèles serviteurs ou plutôt l’homme des basses œuvres lorsqu’il s’agit d’être le big-boss à la tête des services de renseignements et de contrôler les mouvements de l’intérieur conduisant parfois à des assassinats. Il est d’ailleurs cité dans l’affaire concernant l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Il s’illustrera aussi dans la conduite, le soutien d’opérations extérieures comme au Liberia et en Sierra Léone pour lesquels il a été mis en cause en 2005 par les Nations Unis [1]

Une société civile très fortement mobilisée pour défendre les acquis de la révolution

Dès les premières heures du putsch les organisations de la société civile se sont fortement mobilisées pour dénoncer celui-ci. A Ouagadougou, les mouvements de foule ont dès le début essuyé les tirs avant de tourner en une guerre de tranchées consistant à dresser des barricades au milieu des routes et des rues. Dans ce contexte, les militaires putschistes ont tenté par tous les moyens d’empêcher les militants de communiquer en les menaçant de représailles, par des coupures de courants, d’émetteurs, et des destructions de matériels. Toutes ces manœuvres n’ont pu empêcher la société civile d’exprimer, via le web et les réseaux sociaux, leur réprobation sur les événements en cours. Une radio pirate (Radio résistance) a même pu émettre plusieurs heures avant d’être coupée par les mêmes forces spéciales. Dans le reste du pays de très importantes manifestations se sont déroulées dans la plupart des grandes villes. Il faut savoir que la très grande majorité des syndicats ont lancé une grève générale illimitée qui s’étend à tout le pays. Il faut d’ailleurs craindre que ces derniers événements ne soient pas de nature à améliorer la situation d’un pays à l’économie subitement bloquée et des conditions de vie qui se dégradent.

A lire quelques exemples de prises de positions relevées à travers le web :
- La déclaration des organisations de journalistes du Burkina Faso sur les derniers événements
- La déclaration du Mouvement des Sans Voix
- Déclaration du REN-LAC (Association de lutte contre la corruption au Burkina Faso) sur le projet de protocole d’accord politique de sortie de crise de la CEDEAO
- Déclaration de la coalition internationale « Tournons la page »
- Le texte de réprobation de la société civile Sénégalaise concernant la mission menée par la CEDEAO
- Lettre ouverte des syndicats des magistrats burkinabé au sujet de la médiation de la CEDEAO
- Le texte des organisations burkinabé en France qui appelaient à la manifestation devant l’Ambassade du Burkina Faso le vendredi 18 septembre à Paris
- La position de Cité Unies France sur le coup d’État
- L’interview d’Ismael Millogo – Président de l’Association des Burkinabé du Limousin (ABLIM) et le communiqué de l’ABLIM sur le site de la MDH
- La tribune de Bruno Jaffré sur le site thomassankara.net

Pour en savoir plus sur le Burkina Faso à partir de sources alternatives :
- A voir la sitographie réalisée par la MDH composante d’un dossier plus complet sur le Burkina Faso via le site RITIMO
- Pour ceux qui sont inscrits sur les réseaux sociaux (Facebook/Twitter), les fils d’infos du Fasonet, du Balai Citoyen et de Radio Résistance, pour ne parler que de ceux là, sont restés relativement opérationnels malgré les tentatives de coupures de ces derniers jours.

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