FSM de Tunis : Le combat pour la liberté d’expression du Maghreb au Machrek

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Lors de l’ouverture du Forum Mondial des Médias Libres à Tunis - Dimanche 24 mars 2013

Avant même le lancement du Forum Social Mondial, le 3ème Forum Mondial des Médias Libres s’est ouvert depuis le dimanche 24 mars sur le campus de l’Université Al Manar de Tunis. Si celui-ci traite cette année plus spécifiquement de la mise en réseau des radios communautaires, la présence de participants venus d’un grand nombre de pays du monde arabe a permis de faire un tour d’horizon de la situation de la liberté d’expression au Maghreb et au Machrek.

Globalement, beaucoup de participants se sont accordés à dire que les révolutions vécues dans les pays arabes depuis 2011 ont permis de faire évoluer le contexte du droit de la presse et de la liberté d’expression même si la situation est très contrastée d’un pays à l’autre. Le fil rouge pour l’ensemble de ces pays est bien celui de faire évoluer la justice pour que le droit devienne protecteur pour les journalistes et tous les citoyens qui veulent marquer leur désaccord avec les gouvernements. Ce forum est l’occasion de découvrir toute la force et la richesse des actions engagées par tous ceux qui dans leur pays sont en lutte pour faire progresser le droit en matière d’information.

La situation qui apparait comme la plus délicate aujourd’hui est bien celle de la Syrie. Les militants de ce pays ont témoigné que la liberté d’expression y a disparu depuis plus de 40 ans. Depuis le soulèvement populaire qui date de mars 2011,le gouvernement va jusqu’à utiliser les médias officiels pour accuser ceux qui manifestent de soutenir un complot organisé par des forces étrangères. En réalité ,c’est bien la population qui s’est soulevée pour revendiquer des droits. Grâce aux nouvelles technologies, il est difficile désormais de cacher les crimes et autres exactions perpétrées par le régime de Bachar El-Assad. La révolution s’est propagée de village en village et aujourd’hui des jeunes continuent à risquer leur vie pour témoigner de la révolution. Il faut aussi se méfier de cette image,véhiculée à l’étranger, d’une révolution syrienne qui,à la base, n’est pas celle des salafistes et autres islamistes car elle se fonde au départ, comme en Tunisie, sur des revendications sociales et démocratiques.

Bahreïn et la révolution étouffée : A Bahreïn,nous sommes en présence d’un régime totalitaire avec une constitution qui donne les pleins pouvoirs au roi. Dés le 14 février 2011,la population s’est soulevée et a été durement réprimée. Les activistes en matière d’information ont été très largement des victimes, en étant emprisonnés, torturés et la plupart du temps tués. Il faut dire aussi que Bhareïn jouit de l’appui militaire des autres monarchies qui sont de la même nature telles que l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unies, le Qatar ou Oman. En matière de médias, il y a une seule chaîne de TV ou de radio avec pour programme la musique, la religion et l’actualité traitée sous l’angle du régime en place. La révolution est toujours vivante : Elle est basée sur l’acquisition de nouveaux droits, c’est une révolution qui se veut jusqu’à présent pacifique, qui ne cherche pas le chaos et l’anarchie. Mais à force d’être sous l’emprise d’une répression aussi féroce, l’idée pourrait venir de prendre les armes.

Libye : Comment défendre la liberté de la presse nouvellement acquise dans un contexte de division tribale du pays : Depuis la chute de l’ancien régime, on a désormais des médias libres qui se développent de plus en plus. Désormais la partition du pays se retrouve avec le développement des cinq principales chaines qui fonctionnent comme 5 chaines pour 5 pays différents. Le pays souffre aujourd’hui de l’absence d’un cadre juridique pour établir les droits et la liberté de la presse plutôt que l’anarchie. Ainsi les intellectuels ont rejeté le principe d’un ministère de la communication qui pourrait conduire à retourner au système de l’ancien régime. Les grands médias tentent de fonctionner en monopole, il faut donc trouver un cadre juridique qui évite cette concentration, préserve la diversité et la liberté de la presse.

L’Algérie en marche vers la liberté de la presse malgré la décennie noire : La constitution de 1989 instituait la liberté des médias. Cependant les années 1990 ont été marquées par la crise entre le pouvoir et les islamistes. Les journalistes ont défendu le code de la presse mais ils sont nombreux à avoir payé de leur vie ce combat pour la liberté d’expression avec parmi eux beaucoup de femmes. Des actions ont lieu pour faire évoluer la loi sur le plan juridique comme le fait que les journalistes soient abusivement poursuivis par une application très restrictive du principe de diffamation. Il reste qu’aujourd’hui, il y a un vrai problème de la diversité en matière d’audio-visuel avec des télévisions qui sont sous le contrôle de l’Etat qu’elles soient privées ou publiques.

Maroc : Une évolution progressive du Droit Depuis 40 ans, le Maroc a connu une série de réformes qui conduisent peu à peu à un renforcement de la liberté d’expression. Il y a eu les années de plomb avec des arrestations, des tortures, des assassinats d’un certain nombre de journalistes et d’opposants comme Omar Benjelloun tué par des islamistes en 1975. Depuis, la situation a évolué et la révolution tunisienne a entraîné au Maroc le Mouvement du 20 février. Celui-ci a permis d’amener une pression pour de nouvelles avancées en matière de droit. Une réforme du droit de la presse a été entamée reposant sur un dialogue entre l’Etat et les associations. Il y a pour les mouvements toujours une bataille à mener pour définir un cadre protecteur autour des droits et devoirs des journalistes.

Les débats ont montré que des luttes et des batailles juridiques étaient engagées dans un grand nombre d’autres pays comme au Yemen où la répression des journalistes demeurent importante. En Egypte, des acteurs luttent pour combler l’absence de législation en matière de presse et pour faire en sorte que le gouvernement ne monopolise pas par exemple la bande FM. En Palestine, des médias alternatifs tentent de se développer pour traiter de l’actualité sociale dans un pays où les médias se concentrent sur le conflit israélo-palestinien et l’action des pouvoirs politiques. En Tunisie, la liberté de la presse est désormais réelle, mais il y a là aussi l’enjeu de lui donner un cadre juridique qui garantisse les droits et libertés dans un contexte où le pays ne s’est pas encore donné de constitution.

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