Limoges : Deux jours pour faire le point sur la situation du logement en France et en Limousin

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Opération "Dessines moi un logement" place de la République à Limoges

Samedi 16 octobre, un collectif d’organisations* a constitué un village de tentes intitulé "Dessines moi un logement" place de la République à Limoges pour informer et mobiliser le public autour de la question du Droit au logement. La veille, une importante journée de réflexion s’est déroulée au Conseil Régional, avec professionnels et associations, pour s’achever le soir salle Blanqui avec l’intervention de Joaquim Soares, Directeur de l’animation territoriale à la Fondation de l’Abbé Pierre. Cette soirée a permis de brosser un tableau sur les problèmes de logement qui caractérisent notre société

Aujourd’hui en France la crise du logement comporte trois dimensions :

- la crise de l’accès au logement qui frappe plus particulièrement les plus grosses agglomérations ou des régions comme l’Ile de France, PACA ou le Nord Pas de Calais. Ainsi on estime le déficit de logements en France à 900 000.
- la crise du maintien dans le logement : une partie croissante de la population ne peut plus faire face à l’augmentation importante des loyers et des charges alors que la précarité dans l’emploi se développe et frappe de plus en plus de personnes. En 2002 le budget moyen des ménages consacré au logement était de 7200 euros, en 2007 les mêmes dépenses représentaient 9700 euros.
- la crise de la mobilité résidentielle. La mise en ghetto de la société qui ne fait que s’accentuer, la mixité sociale recule. Le prix de l’immobilier a doublé en 10 ans ce qui bloque une trajectoire résidentielle. Les populations les plus vulnérables n’ont pas de choix de lieu de vie et les quartiers dits difficiles concentrent ceux qui disposent des plus bas revenus et ceux qui se regroupent suivant le mode communautaire.

Cette situation du mal logement entraine des conséquences sur les familles notamment pour les enfants :
En France selon un rapport INSEE de 2001, deux millions d’enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté européen.
Le nombre d’ enfants sans domicile fixe s’est accru notamment en raison de la non prise en charge croissante des primos-arrivants étrangers sans papiers par les structures d’accueil. Il y a aussi les enfants qui se retrouvent hébergés chez des tiers. 900 000 personnes vivent chez des tiers qui servent d’amortisseurs après une expulsion. D’autres enfants sont ballotés avec leur famille entre différentes structures d’accueils d’urgence d’où une scolarité chaotique, des problème d’intégration sociale , aucune égalité de chance. 400 à 600 0000 logements indignes mettent en question le développement même, la santé, la sociabilité des enfants contraints de vivre dans l’insalubrité.

Dans ce contexte, le désengagement de l’Etat en matière de logement social constitue un énorme scandale alors que cela devrait être une priorité nationale.

En 2008, le nombre des demandes de logement était de 1,285 millions (sans les demandes de mutation de personnes logés en hlm) et seulement 0,427 millions de demandes ont été satisfaites.
Malgré une situation aussi inacceptable, l’Etat a choisi de se retirer progressivement du financement du logement social. Ainsi Le gouvernement envisage , dans son projet de loi de finances 2011, des mesures concernant les organismes HLM les incitant à vendre une partie des immeubles. Il veut taxer les loyers à hauteur de 2 % environ, soit 80 euros par an et par foyer, pour récolter 340 millions d’euros par an pendant trois ans, et donc 1,02 milliards d’euros au total. La mesure pourrait même être prolongée au delà de trois ans. Le gouvernement prévoit une baisse des aides à la pierre. Elles seraient de 630 millions d’euros en 2010 à 160 millions en 2011 et 60 millions en 2013, ce qui compromet la construction et la réhabilitation. Isabelle Moussant Briquet Vice-Présidente du Conseil Général de la Haute-Vienne a pointé la difficulté des collectivités locales à faire face à ces problèmes notamment du fait du désengagement financier de l’Etat et les arriérés de paiements de certaines dépenses sociales(RSA).

Si en Limousin la crise du logement est moins grave qu’ailleurs, il existe cependant des points de préoccupation :

En Limousin, on recense 10 000 demandes de logements par an dont un tiers ont été satisfaites, Limoges a 25% de logements sociaux. Par ailleurs, on estime à plusieurs centaines par an les personnes qui font l’objet d’une mesure d’expulsion de leur logement. Joaquim Soares pour la Fondation de l’Abbé Pierre s’étonne qu’il y ait eu seulement une centaine de dossiers qui demande la mise en œuvre du droit opposable au logement (Loi Dallo). Cela traduit un manque d’investissement ou une difficulté des administrations, des collectivités locales ou des acteurs sociaux à faire connaître leurs droits aux personnes en demande d’accès au droit au logement.

La Maison des Droits de l’Homme a fait référence à une dégradation importante du droit au logement dans l’agglomération de Limoges pour les personnes d’origine étrangère, demandeurs d’asile ou sans papiers ,qui sont condamnés de plus en plus à dormir dans la rue ou dans des logements insalubres où l’eau peut être coupée comme dans un immeuble à proximité de la place Carnot pour 12 familles.

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Séance de signatures de la pétition "Un logement pour tous"

Pour la Fondation Abbé Pierre, le logement n’est pas une marchandise comme les autres. Elle porte différentes propositions parmi lesquelles un quota pour tout programme immobilier d’avoir sur 10 logements au moins trois logements sociaux pour lutter contre la ségrégation spatiale et inciter à une mixité sociale. Revenir à des constructions très sociales, et non plus de haute gamme, avec des loyers accessibles pour les populations au revenu les plus modestes, instaurer une taxe sur la vacance des logements dans les villes de plus de 50000 habitants pour inciter les propriétaires de logements inoccupés à les remettre en location et ainsi diminuer la pression sur la hausse des prix des loyers.

- Pour en savoir plus sur la Fondation Abbé Pierre
- Pour télécharger le rapport 2010 sur le mal logement au format pdf - 237 pages
- Accéder à la page sur la campagne "Un logement pour tous" sur le site d’ATD Quart-Monde
- Pour retrouver le programme de l’action "Dessines moi un logement"

*Organisations participantes : ADOMA Haute-Vienne - Association des Sans-Papiers Confédération Nationale du Logement 87 - Emmaüs 87 - Ma camping 87 - Maison des Droits de l’Homme - M.R.A.P. - Comité de Limoges Haute-Vienne - PACT 87 - Secours Catholique - Secours Populaire - Société Saint Vincent de Paul - UDAF 87 - URHAJ Limousin.

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