L’agriculture et l’agroécologie au Burkina Faso. par jean Baptiste Bonkoungou

Publié le : , par  Jean Baptiste
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Jean Baptiste Bonkoungou lors de son intervention à la Faculté de Lettres et de Sciences Humaines de Limoges - 7 mars 2017

Mardi 7 Mars, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges, dans le cadre de la semaine de l’environnement organisée par un collectif d’associations étudiantes animé par Campus à Cultiver, Jean-Baptiste Bonkoungou, volontaire en service civique à la Maison des Droits de l’Homme [1] a fait une présentation sur l’agriculture et l’agroécologie au Burkina Faso.

Le contexte agricole du Burkina Faso

L’agriculture est la principale activité des populations au Burkina Faso. Elle occupe plus 80% de la population active. La production agricole s’articule essentiellement autour des cultures pluviales, notamment céréalières. Les principales cultures céréalières sont le mil, le sorgho, le maïs et le riz. A côté de ces cultures, on retrouve les cultures vivrières (le niébé) et les cultures de rente (le coton, l’arachide et le sésame). Les populations s’adonnent également aux cultures de contre saison, surtout celles maraîchères.

L’agriculture, fait face à de nombreuses contraintes, principalement les changements climatiques et la pauvreté des sols. Le Plateau Central est une zone tampon entre le Nord désertique et le Sud humide , ce qui justifie la forte production céréalière dans la région.

La production céréalière au Plateau central

La production céréalière qui est dominante dans la région connaît une évolution en dent de scie d’une année sur l’autre. C’est une production faite en majorité par les petits paysans pour la consommation familiale en grande partie. Les petits producteurs possèdent rarement une chaîne complète d’outils. La plupart de leurs outils se composent de houe, de charrue ou de la charrette. Avec des moyens aussi peu efficaces de production, ils se retrouvent confronté à la concurrence des gros producteurs céréaliers et les produits d’importation comme le riz, le maïs... venu d’autres continents.

Culture pluviale

La saison pluvieuse qui ne dure que trois mois amène les paysans à se tourner souvent vers l’utilisation d’engrais chimiques dans leur production céréalière pour tenter d’en augmenter la production. Ils produisent les mêmes céréales et ces productions arrivent en même temps sur le marché. Dans ce contexte, ils vendent moins cher leur production. Ils ont donc moins d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille tels que la santé et la scolarisation des enfants. Cet argent manque aussi lorsqu’ils se retrouvent à une certaine période de l’année à devoir acheter de la nourriture pour combler le manque de céréales pour nourrir la famille.

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Les conséquences de la déforestation et de la disparition du tapis végétal

Déforestation et pression démographique

Il y a la déforestation liée aux pratiques de l’activité humaine en générale :
- On a d’un coté l’agriculteur qui malheureusement dans certaines zones continu d’utiliser des techniques ancestrales telles que le brûlis, et la coupe d’arbres comme méthode pour défricher son champ malgré l’existence de règles interdisant ces pratiques. Ces procédés favorisent la destruction de certains arbres et le couvert végétal ce qui facilite l’avancé du désert. Aussi, dans certains cas, il est même tenté d’empoisonner sa terre avec l’utilisation des engrais chimiques qu’il voit comme la solution à tous ses problèmes.
- De l’autre coté, il y a l’urbanisation qui fait que les gens coupent certains arbres sur leur parcelle pour construire mais n’en replantent pas autant. Et même s’ils en plantent, des animaux en divagation viennent brouter la végétation, ce qui crée souvent des conflits entre les propriétaires. On observe souvent des conflits d’intérêts entre agriculteurs et éleveurs parce qu’il y a pas assez d’endroits aménagés pour les éleveurs.

Le comportement des paysans dû à leur analphabétisme mérite une intervention de l’Etat pour les sensibiliser. Certes il y a déjà des agents techniques qui sont sur le terrain, mais leur efficacité est souvent en question. Par manque de moyen, ceux-ci ne peuvent toucher le maximum de paysans pour les sensibiliser à l’utilisation des techniques de l’agriculture biologique ce qui les rendrait plus autonomes et leur permettraient de mieux faire face au climat qui ne leur est pas favorable.

Ce contexte climatique est souvent utiliser comme un prétexte par les multinationales pour imposer leurs produits et leur vision de l’agriculture. Comme ce fut le cas avec l’introduction du coton OGM de Monsanto au Burkina Faso. Avant l’introduction de ce coton, les agriculteurs ont été informés par des agents agricoles que ce coton devait répondre aux problèmes dont-ils font face notamment avec l’augmentation des sécheresses et les attaques de ravageurs . Ils ont été poussés a se tourner vers ce modèle agricole. Quelques années plus tard, ils se sont rendus compte que le coton ne répondait pas à leurs attentes en terme de qualité et de production.

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Cultiver sa propre semence pour se rendre autonome
Semences d’oignons à Loumbila - Mars 2012

Les petits agriculteurs face au désengagement de l’Etat

Le désengagement de l’Etat à soutenir les petits paysans qui sont en majorité dans la production biologique fait que ceux-ci se regroupent au sein de plusieurs organisations paysannes pour défendre leurs intérêts pour un développement durable du monde rural. Il s’agit aussi d’avoir la maîtrise du système de production qui puisse leur permettre de vivre de leur travail.

Des initiatives sont aussi mises en œuvre comme avec l’exemple de la ferme de Guiè sur la commune de Dapélogo (Région du Plateau Central) où sont mis en place des techniques de reverdissement du désert en utilisant des procédés respectueux de l’environnement.

Au niveau individuel, les agriculteurs peuvent aussi s’approprier des techniques qui vont plus vers la production biologique. Cela consiste à produire son propre composte, d’utiliser la technique du Zaï ou des cordons pierreux qui visent à mieux retenir les eaux à la racine des plantes ou sur le terrain.

Pour en savoir plus :
- Article MDH sur la Caravane Alimenterre organisée en 2013 dans le cadre du partenariat entre le Limousin et la Région du Plateau Central. Il aborde le contexte de l’agriculture dans la province de l’Oubritenga
- A lire l’article sur Bastamag "Après le départ de Monsanto, les paysans burkinabè veulent reconquérir leur autonomie semencière" du 13 mars 2017

[1Dans le cadre du programme Sésame de Cool’eurs du Monde - Voir aussi cet article précédent

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