Le Forum Social Mondial dans le contexte de la Tunisie

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Samedi 9 février, le CRID organisait à Paris une réunion de la délégation des organisations membres et partenaires qui se préparent à participer au Forum Social Mondial programmé du 26 au 30 mars à Tunis. Cette réunion a été aussi marquée par le contexte particulier que connait la Tunisie avec l’assassinat récent d’un des leaders de l’opposition Chokri Belaïd.

D’entrée de jeu, Gustave Massiah (Il participe au nom du CRID au Conseil International du Forum Social Mondial ) est intervenu pour dire que le Forum Social Mondial se tiendra à Tunis à la fin du mois de mars ceci en dépit des tensions que connait le pays. Même si les organisateurs sont très conscients des questions de sécurité pour l’organisation d’un tel forum, il a été précisé que celui-ci se faisait avec un accord du gouvernement et que certaines garanties en matière de protection ont été obtenues. Plusieurs personnes sont intervenues pour dire qu’il y avait une forte attente des acteurs de la société civile tunisienne et maghrébine pour que celui-ci se tienne. A la fin janvier, on dénombrait l’inscription d’organisations de 98 pays différents dont plus de 700 tunisiennes et 200 marocaines. Les estimations en terme de nombre de participants vont de 30 000 à 70 000. Gustave Massiah a aussi souligné que ce Forum Social Mondial sera l’occasion aussi bien de réfléchir sur les évolutions du monde face à la crise que de trouver les adaptations nécessaires pour intégrer les nouvelles formes de mouvements sociaux.

Il est vrai que l’assassinat de Chokri Belaïd constitue une véritable onde de choc même si celui-ci s’inscrit dans une dégradation de plusieurs mois du contexte politique en Tunisie. Chema Triki (jeune militante tunisienne), désormais uniquement investie dans des associations, après sa démission du parti politique Ettakatol (engagé dans le gouvernement d’Hamadi Jebali), a fait un rapide exposé du contexte politique du pays. Elle a évoqué ce très fort contraste entre l’ambiance euphorique des lendemains de la révolution avec une forme de surestimation de soi des mouvements sociaux et de sublimation des discours politiques qui n’ont pas tenu face à la réalité très pesante de la politique au quotidien. Le pays se trouve désormais plongé dans une dépression où beaucoup de gens ne croient plus en la politique et peinent à prendre du recul par rapport à leur vécu. La tension qui traverse beaucoup de mouvements et celle de savoir comment faire avec ceux qui se sont impliqués dans le régime de Ben Ali et comment faire avec un parti comme Ennahdha.

Si les islamistes ont pris autant d’ampleur en Tunisie, c’est aussi parce que Ben Ali a été un "dictateur médiocre" et a installé le pays dans une longue récession culturelle et sociale. Cet état de fait a induit une forte exacerbation des questions identitaires. Cependant, aucune des forces politiques de la Tunisie et même pas Ennahdha n’ont aujourd’hui la capacité d’être majoritaires seules pour gouverner le pays. La solution passera très certainement par la constitution d’une coalition des forces démocratiques incluant la partie la plus modérée d’ Ennahdha.

Chéma Triki a conclu sont intervention pour dire que les jeunes étaient encore fortement mobilisés et que le forum social était très attendu aussi bien par la société civile que par les différentes forces politiques. Elle a évoqué la situation des femmes en disant qu’elle n’était pas inquiète sur leur avenir, qu’il n’y avait pas à ce jour de régression à la condition qu’elles restent mobilisées pour défendre leurs droits et libertés.

Smaïn Laacher sociologue a plus globalement parlé du Maghreb et des pays comme le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, qui de différentes façons, sont tous confrontés à la question nationale et identitaire. Ce sont des Etats qui doivent de plus en plus faire face à l’arrivée des migrants et que cette question va devenir importante pour des pays qui sont aussi signataires de la Convention de Genève sur le Droit d’asile. Le Forum Social Mondial sera à nouveau l’occasion d’aborder plus en profondeur cette thématique qui concerne les deux rives de la Méditerranée.

Geneviève Azam (Attac France) a souligné que ce FSM plus que jamais devait être l’occasion de "repenser la question de la gestion des ressources naturelles pour une économie re-territorialisée". La France est aujourd’hui avec l’Europe trop contaminée par la pensée "économiste", que la grande chance de la Tunisie est de ne pas avoir de pétrole mais que malheureusement il y a du gaz de schiste à exploiter.

Programmation du Forum Social Mondial du 26 au 30 mars

- 26 mars : ouverture du Forum par une marche dans la ville de Tunis
- 27 mars : journée sur les mouvements dans les régions Maghreb-Machrek
- 28 mars : activités autogérées
- 29 mars : activités autogérées / l’après-midi : Assemblée des convergences
- 30 mars : assemblée des assemblées (tombe le Jour de la Terre) et dans l’après-midi Marche de clôture en soutien à la Palestine

Le site officiel du Forum Social Mondial

Les autres Forums qui vont avoir lieu en amont ou pendant le FSM

- Forum mondial Sciences et démocratie : du 23 au 25 mars : www.fmsd-wfsd.org
- Forum mondial médias libres : 24 au 29 mars
- Forum des parlementaire. Le président de l’Assemblée tunisienne est chargé de convoquer les parlementaires (la date n’est pas encore fixée)
- Forum des autorités locales
- Forum sur la « théologie de la libération »

A lire

- Les enjeux du forum social mondial de Tunis par Gustave Massiah
- Les enjeux du Forum social mondial vus par Attac
- Le dossier "Tunisie : les enjeux de la transition démocratique" réalisé par le CDTM34 sur le site de RITIMO
- L’article concernant la venue à Limoges d’Abdelwahed Mokni, historien en Tunisie et engagé au sein de l’association Vérité et Justice en Tunisie

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