L’avenir du Forum Social Mondial et la construction d’un nouvel internationalisme en question à Mexico #fsm #fsm2022 #internationalisme #altermondialisme #Mexico

Publié le : , par  Guillaume BERTRAND
Le Palais du Minerais
Un des monumentaux bâtiments annexes de l’Université de Mexico où se sont déroulés les évènements du Forum Social Mondial - Photo GB

Le Forum Social Mondial qui s’est déroulé à Mexico du 1er au 6 mai n’a pas été un franc succès en rassemblant à peine plus d’un millier de participants. Cependant plusieurs espaces ont permis d’évoquer les difficultés qui s’accumulent pour la société civile dans ce contexte encore marqué par la pandémie et d’un monde fragmenté entre plusieurs blocs. Ce forum a été l’occasion de lancer un chantier qui consiste à repenser l’internationalisme. L’urgence est celle que les sociétés civiles sont confrontés à un monde caractérisé par la montée des extrêmes-droites, l’impuissance relative des nations dans la lutte contre les destructions environnementales, le délitement des droits humains et de la démocratie aussi bien dans les états sous le régime de la dictature que pour ceux où le vernis démocratique tient encore un peu.

Il faut se rappeler que le Forum Social Mondial est né en 2001 à la suite des évènements de Seattle qui en 1999 avait vu la convergence d’un certain nombre de mouvements sociaux tels que les syndicats de salariés, les organisations agricoles, les mouvements de défense de l’environnement et les diverses ONG portés sur les questions de solidarités. Il s’agissait alors de se mobiliser autour d’un objectif commun qui était la lutte contre la marchandisation du monde qui sera renforcé en 2001 par la résistance à la guerre faite au monde des américains et de ses alliés contre le terrorisme. Celle si se traduira surtout par des guerre et des actions de répression dont les populations civiles seront d’ailleurs les principales victimes comme en Afghanistan, en Colombie ou en Irak. Cette période provoquera en réaction une forte montée des fondamentalismes et des nationalismes. Ce qui entraînera un recul de la démocratie et des droits humains en particulier pour les femmes victimes de l’islamisme ou du retour du fondamentalisme dans d’autres religions comme l’hindouisme où le christianisme avec la résurgence des mouvements anti-avortement. Par ailleurs, au Brésil lors des FSM de 2001 et 2002, le futur président du Brésil Ignacio Lula Dasilva était en pleine campagne électorale et incarnait une forte alternative politique mobilisant largement les mouvements sociaux.

L’Ere où le « campisme » était la norme est désormais révolu

Le campisme consiste à avoir une lecture des évènements du monde sous le seul prisme de la domination du libre marché par les Etats-Unis qui constitueraient avec les anciennes puissances coloniales (France, Royaume-Uni…) les principaux faiseurs de troubles du monde. Cette vision qui était plus ou moins valide en 2001 n’est désormais plus de mise, tellement le contexte géopolitique planétaire s’est progressivement complexifié :

- Il y a la réémergence ou l’émergence d’un certains nombres de grandes puissances comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, les pays du Golfe, la Turquie… qui jouent elles aussi à développer des rapports de domination vis à vis d’autres pays.

- Les échecs des partis politiques de gauche modérées (Brésil, France..) ou radicales (Grèce, Vénézuela...) face à la mondialisation libérale a largement contribué à jeter le trouble parmi la population induisant la désespérance des citoyens, la crise démocratique et la montée des extrêmes droites.

- Les crises environnementales liées au réchauffement climatique, l’épuisement des ressources et les atteintes à la biodiversité sont autant d’éléments pour contrarier la croissance au sens économique du terme. Elles imposent une sobriété à l’échelle planétaire qui, pour ne pas devenir insupportable, doit tenir compte d’une certaine justice climatique vis-à-vis des populations qui ont été privées des bienfaits du développement.

A l’heure du Forum Social Mondial de Mexico, l’intégration de toutes ces problématiques dans un contexte locale aussi marqué par les doutes d’un mouvement social déçu de la politique menée par le Président Obrador n’a pas pu créer les conditions d’une grande mobilisation. Cependant la qualité des intervenants présents issus de tous les continents a quand même permis de créer un espace de réflexions afin d’esquisser les nouvelles formes que pourrait prendre l’internationalisme du côté de la société civile.

Face à la graviter des enjeux, porter plus fort la voix de la société civile à l’échelle mondiale

Déjà depuis plusieurs années la question se pose de savoir si le Forum Social Mondial doit prendre des positions politiques ou au contraire doit rester un simple espace où l’ensemble des avis s’expriment sans prise de résolution juste pour enrichir la réflexion de chacun. Jusqu’à présent c’est la seconde proposition qui a été maintenue et un bon nombre d’acteurs y sont attachés considérant que c’est la seule façon de garantir l’implication d’une grande diversité d’acteurs. Cependant des voix s’élèvent pour dire qu’il est dommageable que la société civile ne puisse se faire entendre à l’échelle mondiale sur un certain nombre de faits graves tels que la guerre en Ukraine ou la répression des mouvements pro-démocratie dans de nombreux pays.

Jusqu’à présent c’était le rôle de l’Assemblée Générale des mouvements sociaux qui se tient à chaque fois à la fin du Forum Social Mondial de pouvoir mettre en avant un certain nombre de déclarations. Cependant, celles-ci restent peux audibles auprès des médias que ce soit sur le plan mondial ou même dans le pays organisateur du forum. La question reste ouverte pour que la société civile se dote de nouveaux moyens d’actions pour combler cette carence.

L’éducation à la citoyenneté mondiale comme moyen d’élargir la dynamique de coopération de la société civile à l’échelle mondiale ?

Une des questions nouvelles qui a été abordée lors de ce forum social mondial est celle de faire davantage le lien avec les structures organisées sur le plan local et de savoir comment les impliquer et les mobiliser davantage. Ce travail repose sur deux principes : utiliser et renforcer les réseaux d’acteurs existants sur le plan international et développer les partenariats en matière d’ducations à la citoyenneté mondiale afin de renforcer la connaissance mutuelle entre les acteurs et les réseaux.

L’exemple du Festival des solidarités au Burkina Faso est intéressant à étudier car il a mobilisé au départ des acteurs locaux de la Région du Plateau Central avant de s’élargir à d’autres régions du pays. Des interactions se sont aussi développés avec le Festival des solidarités en France et divers autres festivals qui s’organisent à travers l’Afrique de l’Ouest. Il y a au moins deux éléments positifs à tirer de cette expérience : Celle de mettre en place des programmes d’éducation à la citoyenneté mondiale reposant sur des réalités différentes pays permettant de faciliter un processus de compréhension mutuel entre des militants d’espaces géographiques différents. Il y a aussi celle de renforcer la mutualisation des pratiques autour d’expériences particulières qui peuvent répondre à une situation de crise comme le dialogue inter-religieux promu par le Réseau Zoodo Action Solidarité au Burkina Faso dans différentes régions où se déroule le Festival des solidarités et en particulier dans des régions impactées par le terrorisme.

En perspectives

La plupart des participants s’accordaient à dire que le Forum Social ne pouvait plus se permettre de de continuer sur la même voie : Soit rien ne change et il va disparaître, soit les acteurs impliqués sont en capacité de mettre en place un processus d’élargissement et de mobilisation pour répondre aux nouveaux enjeux d’un monde plus fragmentés mais encore plus menacés par les différentes crises quelles soient environnementales, sociales, démocratiques ou économiques.

A l’agenda du Forum Social Mondial

Dans l’agenda on peut retenir que des demandes ont été formulées pour que le prochain Forum Social en 2024 se déroule en Palestine ou plus probablement en Asie où des attentes s’expriment plus fortement (Inde/ Indonésie). Pour 2026, plusieurs organisations africaines ont soulevé l’importance pour que celui-ci puisse se tenir en Afrique de l’Ouest (Togo, Bénin ou Burkina Faso). Il reste une lourde tache à accomplir pour les organisations de la société civile, celle d’établir un programme d’action qui permette une relance de la mobilisation en tenant compte de ce nouveau contexte international.

A retenir sur le plan national et international

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