Climat : Cinq ans après les accords de Paris, la France est loin d’honorer ses engagements

Publié le : , par  Caterina Zomer, Julia Rahmani
5 ans après la tenue de la COP 21 et la signature de l’accord de Paris la Terre continue de se réchauffer inexorablement !

Lundi 14 décembre 2020, une nouvelle rencontre entre le Président et les membres de la Convention citoyenne pour le climat a eu lieu à Paris. Le Président de la République a annoncé la tenue d’un référendum pour inscrire la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique dans l’article 1 de la Constitution. Un bon nombre d’organisations ont réagit en dénonçant cette proposition qui cache mal les promesses non tenues du Président face à la Convention citoyenne pour le climat, plus grave encore, la France est très loin d’être à la hauteur des engagements pris dans le cadre des accords de Paris

Il y a cinq ans, le 12 décembre 2015, le premier accord universel pour le climat (COP 21) a été approuvé à l’unanimité par les 196 délégations (195 États + l’Union Européenne. L’accord portait pour engager le monde à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il confirmait l’objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne en-deça de 2 degrés, et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 degré, afin de réduire les risques et les impacts liés aux conséquences du changement climatique.

Réactions des ONG face à l’annonce du Président

Pour Greenpeace France, le Président a brillé par une intervention creuse, sans nouvelles annonces, si ce n’est l’ajout, essentiellement symbolique, de la lutte contre le dérèglement climatique dans la Constitution par voie référendaire. Le mandat de la Convention citoyenne pour le Climat est totalement vidé de son sens, loin de remplir sa mission initiale de faire baisser effectivement les émissions de gaz à effet de serre du pays.

L’association Les Amis de la Terre considère ces 5 années perdues pour le climat. Emmanuel Macron et le gouvernement tiennent une place centrale dans l’échec des pouvoirs publics à réguler la finance et à faire de Paris la capitale de la finance verte. Si le gouvernement souhaite véritablement faire de Paris un exemple pour toutes les places financières, il doit dès ce jour contraindre la finance française à s’aligner avec l’Accord de Paris pour qu’elle n’investisse plus dans des projets polluants et dévastateurs pour l’environnement. Elles sont notamment responsables de 50 milliards de $ de financements aux entreprises qui développent les hydrocarbures de schiste dans le Bassin Permien aux Etats-Unis et dans la région de Vaca Muerta en Argentine.

Les préoccupations exprimées par le mouvement écologiste ne paraissent que plus fondées à la lumière des alertes provenant de l’Organisation des Nations Unies, par l’intermédiaire de ses deux agences respectivement en charge du Programme pour l’Environnement (UNEP) et du Programme pour le Développement (y compris la veille sur l’avancement de l’Agenda 2030 pour le Développement Durable) (UNDP).

...On est plutôt parti pour une augmentation des températures de 3,2° pour la fin du siècle...

L’UNEP a rendu son rapport annuel [1] le 9 décembre dernier, et il y a de quoi s’alarmer. On y lit, écrit noir sur blanc, que le monde n’est pas du tout en route pour une limitation du réchauffement climatique au dessous du seuil critique de 1,5° d’ici 2100. Selon le dernier bilan des émissions de GES, on est plutôt parti pour une augmentation des températures de 3,2° pour la fin du siècle, et cela précisément en raison de politiques nationales tout à fait insuffisantes à tenir les engagements des Accords de Paris. Pire encore, les mesures de confinement que plusieurs pays ont adoptées pour faire face à la crise sanitaire due à l’épidémie de COVID-19 ont bien entraîné une baisse globale des émissions (-7%), mais il ne s’agit que d’une diminution transitoire qui n’aura aucun effet significatif sur le moyen et le long terme, tant que des mesures concrètes ne seront pas prises pour inverser une tendance qui reste de toute façon à la hausse (+ 1,5 % par an depuis 2010, +1,1 % en 2019) : selon les estimations de l’Agence, l’arrêt mondial occasionné par la crise sanitaire n’aura impliqué qu’une différence de 0,01° par rapport à l’augmentation des températures attendue en 2050.

Réchauffement climatique, aggravation des clivages sociaux et dégradation démocratique

Dans le rapport qui vient de paraître le 15 décembre [2], l’Agence de l’ONU sur le Développement renchérit : la crise du COVID 19 n’est que la partie visible de l’iceberg, et son impact sur le développement humain a été aggravé par les inégalités déjà existantes. Ce n’est pas une coïncidence : les déséquilibres qui bouleversent nos sociétés, dit le Rapport, sont le miroir des déséquilibres qui bouleversent la Planète, les uns et les autres s’exacerbant mutuellement. Dérèglement climatique, acidification des océans, perte désastreuse de la biodiversité rebondissent sur les clivages sociaux, en les creusant davantage. « Alors que la mobilité sociale diminue, dit l’UNDP, l’instabilité sociale augmente. Des signes prémonitoires de la dégradation de la démocratie et de la montée de l’autoritarisme inquiètent. L’action collective face à ces enjeux, de la COVID-19 au changement climatique, est de plus en plus difficile sur fond de fracture sociale ». C’est un signal d’alerte, mais au même temps un appel à l’espoir. Si nous sommes dans l’Anthropocène, c’est que l’Homme est devenu l’agent géologique dominant : il peut ne pas détruire l’écosystème dont sa survie dépend, et c’est une question de choix. Ce n’est pas encore trop tard pour faire les bons choix, pourvu que ce soit maintenant.

Pour en savoir plus sur le thème
A lire l’article MDH Retour sur la COP21 : Ses résultats et ses limites
Le site sur l’accord de Paris
Sur le site du Réseau Action Climat : 5 ans après, accord de Paris : La pente plus raide qu’avant - En savoir plus sur notre système climatique et les objectifs climatiques
S’informer sur le réchauffement climatique avec Alternatiba

[1Rapport 2020 - Rapport 2020 sur les écarts entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions

[2La prochaine frontière - Le développement humain et l’Anthropocène

A retenir sur le plan national et international

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