G8 : Focus sur les dégâts d’un monde financiarisé !

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Dimanche 22 mai, dans le cadre de la mobilisation de la société civile contre le sommet du G8 qui se tient à Deauville du 26 au 28mai, l’Université du Havre a été le théâtre d’un forum alternatif. Une des tables rondes traitait du système capitaliste financier international qui depuis plusieurs décennies gouverne le monde dans un mépris de plus en plus inquiétant au regard des urgences sociales et environnementales.

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Les panneaux publicitaires redécorés au Havre pour le sommet alternatif au G8

Dominique Plihon du Conseil Scientifique d’ATTAC est intervenu pour rappeler l’historique de la création du G8 qui consistait dans les années 70 à instaurer une sorte de directoire des pays développés qui s’appuie sur la doctrine du Consensus de Washington. Celle-ci impose une gouvernance mondiale qui privilégie une financiarisation de l’économie mondiale au détriment de l’intérêt des peuples. Il a précisé également que le Fond Monétaire International constituait une institution majeure et qu’elle était bien loin d’être sortie de l’ultralibéralisme. Sans remettre fondamentalement le système financier internationale, le FMI est parvenu à véhiculer dans de nouveaux espaces comme au sein de l’Union Européenne des cures d’austérité et des plans d’ajustement structurel.

Miguel Borba du Brésil et représentant le réseau "Our world is not for Sale" a pointé l’importance de l’illégitimité de la dette. Il a décrit comment les pays du Nord ont instauré un processus de domination sur ceux du sud à travers le mécanisme de la dette. Aujourd’hui ces mêmes principes sont utilisés pour détruire la démocratie en Europe : Les Etats doivent se soumettre aux exigences des intérêts financiers et répondre aux injonctions de mettre en œuvre des plans drastiques de réduction des dépenses. Les peuples ne doivent pas se laisser avoir par cette notion d’austérité qui couvre celle de l’appropriation des richesses. La dénomination "d’économie verte" constitue une nouvelle supercherie : puisqu’il s’agit de mettre en place des politiques, qui sous couvert de montrer une image respectueuse de l’environnement, ne remettent pas en cause les préceptes néo-libéraux.

Evasion fiscale et paradis fiscaux

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Le CCFD mobilisé au Havre à travers la campagne "Aidons l’argent’

Mathilde Dupré du CCFD-Terre solidaire a montré à quel point les paradis fiscaux constituaient une des pierres angulaires de la financiarisation de l’économie mondiale. Elle a tout de suite précisé que les flux de capitaux illicites représentaient aujourd’hui un montant qui dépasse les 1000 milliards de dollars par an soit dix fois les montants investis par les pays riches dans la mise œuvre de politiques d’aide au développement. On estime en France que le montant de l’évasion fiscale s’élève entre 40 et 50 milliards d’euros par an dont 50% passent par les paradis fiscaux. Lorsque l’on parle de ces micros-états il faut plutôt les nommer de "paradis fiscaux, judiciaires et réglementaires" : La première règle qui est appliquée est celle de l’opacité puisqu’il est possible pour un propriétaire de créer un compte sans avoir à justifier de son identité. Ces pays ne coopèrent pas ou peu avec les administrations ou la justice des autres pays. Les 50 premières entreprises multinationales du monde ont installé près de 20% de leurs filiales dans les paradis fiscaux. Il faut dénoncer, avec la plus grande virulence, ce mécanisme qui consiste, pour les multinationales, à maximaliser leurs profits via les paradis fiscaux. Ainsi, Elles arrivent à échapper aux impôts et taxes des pays producteurs ou importateurs. Dans la valeur d’un produit, il faut s’intéresser au "prix de transfert" qui est un sujet sensible pour les entreprises. Celui-ci repose souvent sur l’existence d’une filiale dans les paradis fiscaux et permet aux multinationales de faire des bénéfices sur les produits sans avoir à rémunérer dignement les salariés surexploités comme en Chine et à échapper à l’impôt. Ainsi,l’Europe importe la moitié de ses bananes de l’Ile de Jersey. Aux Iles Vierges, le nombre de sociétés s’élève désormais à 34 par habitant. On peut qualifier les propositions, souvent présentées lors des G8 ou G20 en matière de "moralisation des paradis fiscaux", de grande supercherie. La liste noire des paradis fiscaux a fini par se vider au profit de listes grises ou blanches sensées signifier la mise en œuvre de meilleures pratiques. Cependant l’évasion fiscale et la criminalité financière n’ont pas diminué et les acteurs ont su trouver des manières d’agir toujours plus subtiles et insidieuses.

La question de la dette

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La city de Londres : Ce quartier, haut lieu de la finance, est aussi un paradis fiscal

Fred Leplat de la "Coalition of resistance" du Royaume Uni est intervenu sur la question de la dette. Bien sûr, la dette a été utilisée en premier lieu comme une arme de domination des pays du Nord contre les pays du Sud. Cependant, au sein des pays industrialisées les banques ont joué en premier lieu sur l’endettement des particuliers avant d’utiliser la dette comme une arme pour la mise en œuvre de politiques antisociales. Si en 2008 les banques ont fait leur mea-culpa et ont sollicité les Etats pour renflouer leur compte, le temps des remords est terminé et le système financier est reparti comme avant. Il fautse méfier beaucoup d’un discours qui consiste à dire que la dette des Etats appartient à tous et qu’il faut se serrer la ceinture. Nous sommes bien là dans un processus qui consiste à brider les gouvernements et à s’en prendre aux acquis de la démocratie. Au bout du compte, il s’agit de mettre en œuvre des politiques qui impliquent le démantèlement des services publics, la réduction des allocations (demandeurs d’emploi, retraites, familiales), la remise en cause du droit syndical... L’impératif de la croissance économique est imposé comme seule réponse à des politiques qui s’attaquent aux catégories sociales les plus vulnérables. La crise est loin d’être finie. On constate que ces politiques sont inefficaces comme en Irlande et en Grèce car elles ne s’attaquent pas aux vraies causes d’un système fondé sur la spéculation. La mise en œuvre stricte de mesures qui ont pourtant porté atteinte au niveau de vie des habitants n’a donné aucun résultat. Pourtant il est question de s’attaquer encore plus aux intérêts des populations par une politique d’austérité encore plus dure. Nous sommes dans une véritable crise de système qui doit passer par la remise en cause de celui-ci.

L’Afrique livrée aux spéculateurs

Gyeke Tanoh d’Afrique du Sud et membre du African Trade Network a décrit comment l’Afrique est en train d’être soumise à la financiarisation de son économie. En 2008, beaucoup de spécialistes s’accordaient à dire que l’Afrique ne devait pas être impactée par la crise financière. C’est tout le contraire qui est arrivé : On a assisté à un effondrement de l’économie productive au profit d’une économie basée sur la spéculation. En peu de temps, la part des revenus du travail en Afrique sur l’économie a chuté de près d’un tiers. Les prêts accordés en faveur de l’agriculture ont baissé de 55% et de l’industrie de 45 %. Paradoxalement, l’activité bancaire s’est beaucoup développée. Il y a peu de temps, l’Afrique était relativement structurée pour faire obstacle aux spéculateurs ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Les économies africaines sont fragiles car elles reposent beaucoup sur le prix des matières premières. Ces dernières sont devenues le nouveau jouet des spéculateurs. La spéculation s’attaque non seulement aux produits agricoles, mais aussi aux conditions d’exploitations. L’accaparement des terres transformées en actifs financiers par les fonds d’investissement a aussi un impact très désastreux pour les populations. Les terres ne sont plus destinées à produire et faire vivre les habitants mais sont l’objet de spéculations sur leur valeur. Voilà comment la finance provoque la compression des niveaux de vie qui n’étaient pourtant déjà pas très élevés. En Afrique, les financiers définissent la classe moyenne comme ceux qui gagnent 2 à 20 dollars mensuels ce qui est vraiment peu. Il est vraiment urgent d’aller vers la mise en place d’instances internationales qui garantissent une bonne gestion des ressources et une orientation des flux financiers pour aider les gens qui souffrent. S’il faut s’inquiéter des actions de dirigeants tels que Gbagbo, Ouattara ou Sarkozy, il ne faut pas oublier le rôle joué par des grands groupes multinationaux comme Bolloré contrôlant de nombreux ports en Afrique ou des sociétés BNP Paribas et AXA qui ont considérablement augmenté leur participation en Afrique ces derniers temps.

A chaque fois, les chefs d’Etats présents au G8 tentent de faire croire qu’il va se passer quelque chose pour lutter contre la pauvreté. En réalité, cet évènement constitue bien une mascarade médiatique qui n’a jamais remis en cause les principes d’une économie ultralibérale.

En 2011

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